Votez utile ! Injonction de dernier recours.
Le pragmatisme politique se traduit désormais, au moment des grands rendez-vous électoraux, par l’appel au vote utile. Dans un océan politique qui désoriente, c’est en référence à son utilité que le bulletin doit être étalonné. Le vote n’est plus seulement une adhésion, moins encore une protestation, il devient un acte salvateur : votez pour moi, pour lui, pour elle, vous éviterez le pire.
L’utilité a pourtant des voies qui sont impénétrables, c’est une amie capricieuse: un jour le vote Chirac doit barrer la route aux idées de la honte, le lendemain c’est par le centre que passe le raccourci qui permettra de devancer Sarkozy. Combien sont les amis de la gauche qui pensent aujourd’hui indispensable de voter Bayrou pour avoir une chance de faire échec à la droite ?
Un militant de la gauche serait bien malavisé de ne pas se poser la question du vote nécessaire. Il le serait encore plus s’il ne se questionnait sur l’origine de la question et sur l’erreur que constitue une réponse apparemment évidente :
- la question du vote Bayrou n’a jamais été aussi sensible qu’après qu’un institut de sondage s'est fendu d’une innovation : tester une hypothèse qu’aucun élément du moment ne rendait possible. F.Bayrou, pourtant encore assez nettement distancé dans les votes envisagés par les Français, est devenu, à la faveur d’un soudage, celui qui pouvait gagner, au second tour, contre les deux favoris. Le directeur de l’institut concerné reconnaissait quelques temps après que s’il avait « testé » Corinne Lepage contre les deux mêmes candidats, l’issue aurait sans doute été la même… Sans l’aide des sondages, la question ne se serait pas posée, pas en tout cas avec le même poids.
- Les sondages justement, qui ne doivent pas nous faire oublier une constante : leur grande capacité à prévoir ce qui n’arrive pas : Balladur président et Jospin au second tour, voilà deux exemples qui peuvent ramener à plus de sérénité. Un sondage ne suffit pas à faire d’un candidat le vainqueur d’un scrutin, un mauvais sondage ne le disqualifiera d’ailleurs pas non plus. Certains n’hésitent pas, devant l’écart entre la manne qui revient aux sondeurs et la faiblesse de l’utilité citoyenne des sondages, à rappeler qu’il fut un temps où l’on a dramatiquement limité l’utilisation des affiches électorales, sans que la démocratie n’en sorte affaiblie. A quand un, une politique pour mettre un frein à ce jeu imbécile (jeu, d’ailleurs, auquel ces derniers sont parfois les plus asservis…).
Rien n’est fait. Une élection n’est pas (ou plutôt si, elle le devient trop souvent) une sanction de la cote de sympathie d’un candidat. Plus qu’une personne, l’élection désigne un projet, une vision pour un pays dans lequel notre avenir devra trouver son chemin.
Comme toute personne sensée, pourtant, je suis séduit par un discours célébrant les vertus du consensus d’intérêt national ? Mais sur des enjeux majeurs tels que l’emploi ou l’environnement, je ne crois pas en la possibilité de fusion consensuelle. J’accorde aussi trop d’importance aux actes politiques pour oublier que les parangons auto désignés de la troisième voie furent pour beaucoup, jusqu’à très récemment, les serviteurs, sinon zélés, du moins disciplinés, des politiques menées par la majorité sortante. Les meilleures conversions ne sont-elles pas celles éprouvées par le temps ?
Enfin, et surtout, je crois en le programme défendu par S. Royal. J’y vois un diagnostic pertinent des priorités de l’action publique. J’y trouve des réponses que je pense être les bonnes et que d’autres oublient (l’économie sociale et solidaire, la réforme des indicateurs de richesse, etc.), des réponses dont les jeunes politiques régionales de gauche montrent chaque jour, dans la limite de leur compétence, la portée concrète.
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